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Réforme du primaire : les logiques à l’oeuvre dans la personnalisation Nous vous proposons ici une interview de Christine Passerieux, responsable nationale du GFEN (Groupement Français pour l’Education Nouvelle) Elle éclaire les logiques à l’oeuvre dans les "réformes" actuelles pour mieux nous aider à sortir des ornières du discours officiel. Cette interview est tirée de la revue du SNUipp Paris.

Quelle conception de l’école véhiculent les différentes mesures gouvernementales (stages de remise à niveau, aide personnalisée, "nouveaux programmes", évaluations...)

Un système ultra libéral défini par le traité de Lisbonne est ainsi mis en oeuvre : promotion individuelle des "méritants" et assistance compassionnelle aux élèves-en-difficultés (retour en force de l’idéologie du handicap socio-culturel dans toutes les couches de la population) qui se retrouveront, au mieux, sur des emplois de service. Toute ambition culturelle a disparu des programmes. C’est à dire qu’il n’est plus question de transmission des savoirs, les savoirs étant le fruit d’un processus intellectuel d’élaboration, mais de capitalisation et de mémorisation de connaissances et d’informations (dates, définitions, faits) prêtes à consommer... ou pas - pour ceux qui n’auront pas construit dans leur milieu les outils cognitifs nécessaires à cette assimilation.

Le pilotage par les évaluations telles qu’elles sont conçues, ne rend pas compte de la nature des difficultés rencontrées par les élèves (une forte température ne dit rien de son origine) et enferme alors dans de la remédiation, alors que le seul moyen de réduire l’échec scolaire est de penser en amont ce qui est nécessaire à la réussite. Les recherches universitaires et les travaux des mouvements pédagogiques nous donnent de nombreuses pistes et outils pour faire reculer l’échec scolaire.

C’est un cycle infernal : les difficultés n’étant pas analysées mais constatées, les aides n’ont que peu d’efficacité, mamis la "preuve" est faite que l’échec scolaire est naturel... Particulièrement dans les couches populaires.

La mesure phare : l’aide personnalisée, permet-elle d’aborder et de traiter la difficulté scolaire ?

La personnalisation renvoie à des impasses en matière d’apprentissage. Nous avons pu montrer, dans l’équipe maternelle ESCOL - cf : Apprendre à l’école, apprendre l’école - que l’individualisation creuse les écarts car elle s’inscrit dans une logique d’adaptation avec morcellement des tâches, simplification des activités proposées, présence forte de l’adulte qui renforce la dépendance cognitive et affective des élèves rencontrant le plus de difficultés. Cette recherche converge avec celles de Glassmann et Besson - cf : rapport Glassmann-Besson 2004 - travaux de l’ IREDU - montrant que l’aide peut avoir quelque efficacité lorsqu’elle s’adresse à un groupe hétérogène. L’aide ne peut être ni en plus, ni à côté : c’est l’ordinaire de la classe, non comme réponse à une difficulté mais en amont comme conditions créées pour que tous les élèves s’engagent dans les activités. Décrocher le temps de l’aide du temps de classe, c’est à terme empêcher la construction de l’autonomie cognitive, c’est imaginer résoudre en séquences morcelées ce qui relève d’un rapport aux apprentissages, c’est ne pas prendre en compte dans l’ordinaire de la classe ce qui différencie les élèves et entériner l’acceptation d’un enseignement destiné aux meilleurs !!

L’aide personnalisée peut-elle avoir des conséquences au sein de la classe dans le traitement ordinaire de la difficulté scolaire ?

Elle peut permettre de regarder et de voir les difficultés des élèves autrement, d’en comprendre les récurrences et les similitudes.... à la condition de sortir d’une logique de personnalisation. En comprenant mieux la nature de ce qui fait difficulté, il est plus facile d’oser se lancer dans des pratiques qui paraissent impossibles dans la classe. Il ne s’agit plus alors d’individualiser mais d’accompagner les cheminements intellectuels, en maintenant des exigences quant aux contenus d’apprentissage.

Quelle conception de l’école faut-il au contraire développer ?

Une école qui affirme de manière forte et en actes, comme nous le faisons au GFEN, la capacité de chacun à réussir. Sans quoi l’école restera socialement ségrégative. Une école dont la vocation culturelle de transmission des savoirs est réhabilitée (et non en compétences dans la compétition et l’exclusion). Une école qui se donne les moyens de cette transmission, moyens financiers, humains mais aussi pédagogiques pour que tous les élèves disposent des outils nécessaires à l’étude. Cette école, c’est chacun de nous qui peut participer à la construire, dans la confrontation et la solidarité avec les autres. Soyons offensifs : travaillons ensemble à nos réussites pour que nos élèves réussissent.

 

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