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Mastérisation : Comment annoncer une mesure progressiste pour mieux faire passer les régressions

Les batailles à venir vont devoir se centrer à la fois sur la question des places aux concours (bataille immédiate, dès la grève du 20) et le refus du recrutement à la mode Darcos. La FSU revendique la nécessité d’un moratoire sur les nouveaux concours et le recrutement master, maintien du potentiel (et des structures) des IUFM.

Il ne peut être question de modifier le recrutement et la formation sans

- garantie de maintien des postes aux concours (et un plan pluriannuel de recrutements)

- mise en place de mesures transitoires qui garantissent à tous les candidats qui éventuellement échoueraient au concours cette année de pouvoir se représenter aux différents concours les années suivantes

- prérecrutements et l’instauration d’une allocation d’autonomie pour les étudiants (avant la licence).

- maintien d’une année de stage payée et en service réduit

- une réelle formation professionnelle.

Les IUFM dans la tourmente

Fidèle à ses habitudes, X. Darcos a fait semblant d’annoncer une mesure progressiste "les enseignants seront recrutés au niveau master, leurs carrières seront revalorisés" pour mieux faire passer les régressions. Car une fois tombés les oripeaux de la communication, il reste une mesure qui s’intègre parfaitement dans le plan de " destruction de l’Ecole publique" (comme l’écrit P. Meirieu) .

Masterisation et concours

La course de vitesse (et le passage en force qui va avec) est lancée. La mastérisation (BAC + 5) est programmée pour l’année 2009/2010 ! Il faudra aux étudiants 2 années supplémentaires à l’Université pour pouvoir prétendre au concours. Concours qui se déroulerait en 2 parties, admissibilité après le 1er semestre de master 2, admission en fin d’année de master 2. La rentrée suivante voyant les futurs recrutés directement en poste. Pour être recruté, il faudra et le master et le concours. Il y aura donc des étudiants avec master qui auront raté le concours, des étudiants qui auront le concours mais n’auront pas validé le master. Quel avenir pour ces étudiants ? Comment faire valoir sur le marché du travail un master « éducation école » ?...... Comme dans nombre de pays européens, on risque de voir apparaître des enseignants au chômage.

Concours…et précarité

Le nombre de places diminuent de manière très importante d’année en année... et ne couvre plus les départs en retraite. Les besoins seront pourtant toujours là, mais dans le cadre de la réforme de la fonction publique, le gouvernement met en avant d’autres modes de recrutement que le concours. Le rapport Silicani avance le chiffre de 30% de contractuels. Les étudiants masterisés mais n’ayant pas été recrutés par le concours risquent bien de devenir le vivier de recrutement (en CDD) de la future agence de remplacement selon le précepte : « sans le concours vous ne pouvez pas être titularisé, mais votre niveau de formation vous permet d’enseigner »

Masterisation et université

Les Universités sont donc amenés à prendre en charge la totalité de la formation des enseignants. Concurrence entre universités aidant, le ministère exige que les prémaquettes de master soient envoyées au ministère pour la mi-décembre. Les maquettes définitives devant être terminées pour février. 4 mois pour conceptualiser un master, c’est du jamais vu pour un universitaire un tant soit peu sérieux.

Aucun cahier des charges national, aucune maquette ne définissent ce que doit comporter la formation ! Le seul pilotage se fait par les épreuves du concours. On va donc voir se mettre en place des formations extrêmement différenciées selon les universités et les régions.

IUFM, quel avenir ?

Aucun ! Au mieux, des universités s’appuieront sur l’expertise des personnels en place. Mais, le rattachement des IUFM à une seule université dans une académie a laissé des « traces » chez les autres. Dans la bataille entre Universités, les IUFM, école autonomes, n’ont plus leur place. L’ avenir est incertain voire compromis pour les formateurs... La vitesse de la mise en place de cette réforme ayant pour objectif d’éviter que ne se constitue un front commun de défense des IUFM.

Et la formation ?

Tout ce qui a fait l’originalité et la force des IUFM, la formation en alternance, est sacrifiée. Il suffirait, pour le ministère, de stages en observation, d’une leçon virtuelle et d’une épreuve sur la connaissance du système éducatif lors du concours et une 1ère année sous l’œil vigilant d’un « compagnon » pour relever le défi de la transmission des savoirs à tous les élèves ! Comment imaginer réduire la difficulté scolaire, sans échanger, sans conceptualiser, sans s’informer sur les expériences menées ? Comment prétendre s’occuper des enfants sans s’être confrontés un tant soi peu aux travaux des théoriciens de l’éducation et du développement de l’enfant.

Etudiants, stagiaires…

Sur le terrain de la dépense publique, cette réforme est aussi une « bonne affaire » pour le gouvernement. L’année de stagiaire rémunérée disparaît. Cette année c’est 3000 suppressions d’emplois de stagiaires. Le coût de la « formation » est renvoyé sur les étudiants qui devront assumer 2 années d’étude supplémentaires… avec l’aggravation de la sélection sociale qui va avec.

Quelles conséquences pour les écoles ?

Pour les titulaires, cela signifie certainement la fin de la formation continue sur le temps de travail. Plus de PE2, plus de formation ! Mais le ministère y a déjà pensé puisqu’il envisage des stages de formation continue pendant les vacances en récupérant tout ou partie des 60h non assurées devant les élèves.

Les décharges de direction pour les écoles de 4 classes (ou plus) sont aussi menacées… mais là aussi le ministère y a pensé… La mise en place et la généralisation des EPEP devrait signer la fin des petites écoles.

Et la maternelle ?

Silence total sur la prise en compte de la maternelle dans la formation. Que cela peut-il signifier ? Un concours et une formation spécifique pour la maternelle ? Après les « interrogations » ministérielles sur l’intérêt de former des enseignants à bac +5 pour changer des couches, on peut craindre le pire !

Alors, quelle(s) réaction(s) ?

Enseigner est un métier et cela s’apprend !

« Faire cours, c’est donner à penser qu’enseigner un savoir, ne nécessite pas de réfléchir sur ceux à qui on l’enseigne. Faire classe, c’est considérer que le cœur du métier d’enseignant, c’est transmettre des savoirs et mettre en apprentissage des élèves en faisant dans la classe des choix raisonnés face à des situations complexes en se dotant de repères conceptuels, méthodologiques et éthiques permettant de viser la réussite de tous et de chacun. » J.L. Auduc directeur IUFM

Défendre les IUFM, malgré leurs insuffisances, c’est exiger d’apprendre à faire classe et non d’apprendre à faire cours !

Les étudiants et stagiaires l’ont bien compris. Plus de 150 ont participé à une Assemblée générale avec les formateurs. Un comité de mobilisation s’est mis en place. Une lettre à destination des parents et des personnels va être envoyée dans les écoles. Il faudra la diffuser massivement. Des états généraux académiques se préparent.

Mais il est évident que, contre cette politique, pour exiger au minimum un moratoire sur le recrutement master et la fin des IUFM, c’est un mouvement d’ensemble, étudiants, stagiaires, personnels, enseignants, parents qu’il faut préparer.

« On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre »… Ne nous laissons pas hypnotiser par la masterisation. Ensemble, il faut dire NON et exiger une véritable formation.

 

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