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Chronique d’une semaine dans une école, racontée par une directrice d’école, à partir du lundi 16 mars, jour de la fermeture des écoles. Au milieu d’ordres et de contre-ordres autoritaires, ce sont les enseignant-es qui « tiennent » le service public tandis que le ministre se perd dans une com’ totalement irréelle...

Chronique d’une semaine dans une école, racontée par une directrice d’école, à partir du lundi 16 mars, jour de la fermeture des écoles.

« L’école élémentaire dont la direction m’est confiée a été désignée par la préfecture pour accueillir les enfants de soignants. J’accueille donc les enfants et les enseignants qui se relaient pour les accueillir, personne ne me relaie puisque je suis la seule directrice. Je ne suis pas seulement inquiète, je ne trouve pas les mots qui pourraient décrire ce que je ressens. »

Lundi 16 mars 2020 : Visioconférence avec notre IEN qui nous informe qu’il va y avoir un recensement des enfants de soignants et des possibilités d’accueil dans notre école (l’école accueille si et seulement si les deux parents sont soignants). Les directives nous sont données sur le fonctionnement (permanences + télétravail), comment l’organiser (retour des travaux des élèves), dématérialisation des ESS. Les EE et CE sont à reporter si pas d’urgence. Les AESH restent chez elles. La présence physique du directeur/directrice n’est pas forcément requise mais il faut organiser et faire suivre la continuité pédagogique, donc… On apprend que ONE est "surbooké", en maintenance pour augmentation de ses capacités ! La priorité est le contact avec l’école, nous devons faire preuve de civisme et de solidarité. Il y a possibilité liée à l’urgence et la gravité de la situation de n’accueillir qu’un seul enfant (pas d’interdiction de se retrouver seul avec un enfant).

Mardi 17 mars 2020 : L’école est désignée par la Préfecture comme école d’accueil des personnels soignants. Jusque midi, heure du début du confinement, je gère la continuité pédagogique de l’école (codes d’accès ENT ONE à récupérer auprès du site ONE + préparation des courriers à adresser aux familles de nos élèves pour communiquer sur la continuité pédagogique).

Mercredi 18 mars 2020 : Appel : l’école accueillera 2 enfants de soignants jeudi 19 et vendredi 20 mars 2020. Les cours seront dispensés par une enseignante volontaire.

Jeudi 19 mars 2020 : Accueil des 2 enfants. Les enfants ne sont pas scolarisés dans notre école : nous n’avons pas leurs fiches de renseignements, pas de fiches d’urgence, pas de fiches sanitaires. Nous avons des gants (ceux de l’école) et des très vieux masques en papier (retrouvés dans l’école). Aucun autre matériel fourni ni par la DSDEN, ni par la Ville de l’école à notre arrivée à 8 h.

Avant 10 heures, l’interlocutrice du service scolaire de la ville apporte une boîte de gants en latex + un flacon entamé de gel hydroalcoolique (à destination des enseignants volontaires). Elle me demande aussi de lister les lieux qui auront été utilisés par l’enseignante et les élèves pour que les agentes d’entretien désinfectent ces lieux chaque matin avant l’accueil comme il se doit.

A 11 h 30 : deux animatrices de la Ville arrivent (avec leur matériel de protection fourni par la Ville [masques, gants, gel]). Elles prennent les enfants en charge :les deux enfants avaient leur propre pique-nique, la Ville n’avait pas pu "gérer" leurs deux repas.

Jusque 18 h, le téléphone n’arrête pas de sonner : des parents s’inquiètent de n’avoir encore rien reçu en ce qui concerne la "continuité pédagogique". Je continue mon travail d’impression (courriers à adresser aux familles de nos élèves pour communiquer sur la continuité pédagogique) + mise sous enveloppe. L’IEN appelle pour m’informer du nom du collègue volontaire qui fera cours le lendemain. J’apprends aussi que l’accueil allait être élargi aux enfants des personnels de professions prioritaires.

Vendredi 20 mars 2020 : Nous accueillons les 2 élèves, mais plus de gel, plus de gants de la Ville, disparus ! Nous utilisons notre matériel de fortune. Visioconférence avec l’IEN : remerciements chaleureux pour les enseignant.e.s engagé.e.s dans la gestion de la Crise, les enseignant.e.s volontaires qui participent à l’accueil des enfants des personnels de professions prioritaires, pensées à celles et ceux contraint.e.s de rester à leur domicile…. Je suis informée des autres pôles d’accueil désignés par La Préfecture pour le département. Pour Affelnet le calendrier est "chamboulé". Nous trouverons des ressources pédagogiques dans l’espace m@gistère collaboratif, alimenté 2 fois par semaine par les équipes de circonscription. Deux personnes du service scolaire de la ville viennent nous rencontrer pour vérifier le "bon fonctionnement" de l’accueil. Là, je comprends que je dois aussi assurer le standard téléphonique pour les demandes d’accueil ! D’ailleurs je réponds aux parents que je ne gère pas les inscriptions et qu’il faut se tourner vers les services de la Préfecture qui a mis un formulaire à disposition des parents pour l’inscription de leurs enfants. L’IEN m’informe du nom des enseignants volontaires pour lundi 23 mars et mardi 24. Au moment de l’appel il n’y a aucun enfant inscrit (les parents ont 48 h pour déclarer l’inscription avant le jour de l’accueil). Mais nous devons être présentes, au cas où.

« Je ne vous dis pas non plus que je n’ai cessé de communiquer avec mon équipe : transmission des fiches de renseignements de leurs élèves (ONDE) + les fiches code accès ENT ONE (1 fiche par enfant et 1 fiche par parent). Pour me soulager, je leur ai demandé d’appeler les parents qui n’ont pas fourni d’adresse internet en attendant que les familles reçoivent le courrier postal que j’ai préparé. Comment faire avec les familles qui n’ont pas internet et comment faire quand le service scolaire ne pourra plus acheminer le courrier pour cause de travail à distance ? L’école doit elle-même affranchir son courrier pendant toute cette période ? Et peut-on décemment laisser des enfants sur le carreau ? »

 

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