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Guide pour le CP : on n’enseigne pas la lecture comme on monte un meuble / Français, maths : une circulaire qui fait pschitt Communiqués de presse SNUipp-FSU et commun SNES-SNUipp-FSU
Le guide de 130 pages sur la lecture CP que vient de diffuser le ministère signe une volonté de mettre au pas enseignantes et enseignants. En tentant de se substituer aux programmes existants, il va plutôt susciter défiance et incompréhension dans les écoles. L’acte d’enseigner ne peut se résumer à des recettes simplistes tout comme publier des bréviaires ne permet pas de lutter contre l’échec scolaire…

Alors que les questions de réussite scolaire se posent avec acuité à toute la communauté éducative et en premier lieu au ministre, celui-ci fait le choix de se polariser sur des questions de « méthodes » en diffusant aujourd’hui un guide pour enseigner la lecture et l’écriture au CP. Les conclusions prescriptives de ce texte entrent souvent en contradiction avec celles des programmes. Quel est le statut de ce texte qui place délibérément les enseignants devant des injonctions contradictoires. Les programmes déterminent les contenus des apprentissages, la liberté pédagogique fonde l’enseignant à adapter son enseignement en fonction de sa classe. On n’enseigne pas la lecture comme on monte un meuble ! Quelle image cela renvoie-t-il des enseignants lorsque le Ministre fait part d’une telle défiance à leur égard, d’une telle négation de leur expertise professionnelle ? Si enseigner n’était qu’une affaire de recette unique à appliquer partout, en dehors de toute prise en compte du contexte, on le saurait depuis longtemps dans les écoles.

Les programmes de 2016 reposaient sur un débat étayé associant chercheurs, praticiens, institutionnels... A l’inverse, ce texte est clairement orienté par les convictions personnelles du Ministre et donc discutable. Les références aux chercheurs, sur la base des citations isolées de leur contexte, viennent faussement à l’appui de la parole du Ministre. Il s’agit ici d’une instrumentalisation de la recherche, d’une manipulation au service d’un projet personnel du Ministre pour l’école. Enfin le ministre occulte de manière délibérée l’indispensable formation des enseignants et l’amélioration des conditions d’apprentissage des élèves. Faire peser la responsabilité sur les enseignants et leurs méthodes évite de se poser la question budgétaire et celle d’une école primaire sous-investie qui ne sera pas la priorité du gouvernement.

Le SNUipp-FSU dénonce cette pratique inacceptable et appelle les enseignants à continuer d’inscrire leurs pratiques dans le cadre institutionnel prévu par la loi, c’est-à- dire appliquer les programmes en faisant usage de leur liberté pédagogique et en s’appuyant sur les travaux de toute la recherche.

Paris, le 26 avril 2018

Communiqué de presse SNES/SNUipp-FSU

Français, maths : une circulaire qui fait pschitt

  Les textes parus au B.O du 26 avril sur l’enseignement de la lecture et des mathématiques ne répondent pas à l’enjeu d’améliorer les mauvais résultats des élèves français soulignés par les évaluations internationales récentes, avec notamment des résultats qui restent fortement corrélés à l’origine sociale des élèves. Le caractère inédit d’une telle démarche est inquiétant quant à la conception du métier d’enseignant et du respect de la professionnalité de ces derniers.

  Ces recommandations devraient a minima être en accord avec les programmes en vigueur pour la maternelle, l’élémentaire et le collège. Ces textes font l’impasse sur les résultats de la recherche dans le domaine de la lecture, notamment sur des pans entiers de l’apprentissage de la compréhension des textes et des mathématiques.

  Lire n’est pas une activité mécanique de décodage, mais une démarche complexe qui implique le lecteur et son rapport au monde. Le texte littéraire le fait entrer dans le monde esthétique et artistique. C’est là toute la difficulté de l’enseignement de la lecture. Le document du ministre semble l’ignorer.

  L’article sur la grammaire et le vocabulaire conçoit la langue comme un catalogue de notions. Or on n’enrichit pas son vocabulaire en apprenant des listes par cœur mais en réinvestissant les mots des textes lus, dans des activités d’écriture et de création. Si la « leçon de grammaire » est utile pour faire le point et expliciter un fait la langue, elle ne saurait suffire à l’apprentissage. À déplorer également, dans ce document, le silence sur le rôle de la production d’écrits, alors que le CNESCO, dans son rapport du 11 avril, rappelle la nécessité de faire davantage écrire les élèves.

  De même, en mathématiques l’accent est mis sur le « comptage-numérotage », un apprentissage mécanique qui ne permet pas de construire le nombre et qui est en contradiction avec les programmes. La question du sens des opérations, pourtant essentielle, est éludée.  

Quel est alors le but de ces textes ? Remettre insidieusement en cause les programmes de 2015 et 2016, élaborés dans une large concertation et que les enseignants viennent à peine de s’approprier ? Mettre les enseignants au pas et leur interdire l’exercice de leur liberté pédagogique ? Nier leur professionnalité et leur capacité à construire les apprentissages dans le respect des besoins de leurs élèves ? On est loin de l’école de la confiance, formule qu’affectionne pourtant le ministre. Comment lire autre chose que du mépris quand il va jusqu’à conseiller aux enseignants de « se promener dans les rangs pendant les activités des élèves » ?

  Reconnaître les enseignants, les soutenir, les valoriser et miser sur une vraie formation initiale et continue de qualité seraient de bien meilleures réponses aux enjeux posés au système éducatif français.

Paris, le 27 avril 2018

 

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