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Réactions de directeur d’école, simplification des tâches. Des directeurs nous racontent leurs visions sur ce qu’est être directeur aujourd’hui.
Des directeurs nous racontent leurs visions sur ce qu’est être directeur aujourd’hui.

Parole de directeur-trice-s :

Directeur 1

« Etre directeur, c’est être le lien entre notre école et tous les représentants qui participent à son bon fonctionnement. Pour que celui-ci soit bon, la directrice, le directeur doit communiquer régulièrement avec tous ces acteurs et cela demande du temps. L’administration considère trop souvent qu’un directeur à un temps de décharge mais cela est loin d’être suffisant.( Si je dois rencontrer par exemple un élu, cela sera après sa journée de travail et donc la mienne aussi, le terme de décharge ne lui évoquera rien) Une “journée-type” se résume à toujours courir, on échange avec les collègues, on voit certains parents au besoin, on regarde les mails au moins 6 fois par jour, on répond au téléphone, on participe aussi à des réunions, n’oublions pas les invitations imposées de l’Inspection et en plus de tout ça, on pense aussi à sa très chère classe. Si on me parle de charge de travail, ce qui me vient aussi à l’esprit, c’est le nombre impressionnant d’enquêtes administratives, cela est pesant car trop nombreuses et les délais de réponse sont toujours très courts. la directrice, le directeur passe aussi beaucoup de temps à renseigner Base Elèves mais il y en a toujours d’autres à renseigner. J’ai en tête le logiciel Affelnet car non-compatible avec Base élèves alors c’est encore la directrice, le directeur qui s’en charge, il faut créer des listes pour la 6ème et il y a toujours quelque chose qui bloque alors on appelle au secours la personne chargée de l’Informatique à l’Inspection, il n’y a pas la case pour le Cned, pas la case pour le déménagement hors Académie et etc... Cela serait-il trop simple d’harmoniser les logiciels afin de ne pas avoir à répondre à x demandes... Il serait aussi plus simple pour les enseignants d’avoir un seul type de formulaire administratif, un seul pour les gardes d’enfants, congés et autres...Au lieu de cela, il faut toujours les réactualiser et les imprimer car ils changent tout le temps... Dans mon école, en début d’année, je fais également une pochette pour chaque enseignant, avec tous les nombreux formulaires indispensables, l’administration pourrait aussi le faire.

Il y a quand même trop de paperasse et cela est usant pour les directeurs, la simplification serait donc une très bonne chose...Utopie et future réalité ? L’avenir nous le dira... »

Directeur 2

 « Le plus difficile et le plus mangeur de temps : l’informatique
- beaucoup trop d’infos dématérialisées (mails, sites) : qu’ imprime - t- on ? Et sur les frais de fonctionnement de l’école et qui les lit ? que diffuse-t-on aux collègues, quand le liront-ils ? Où vais-je retrouver l’info que pourtant j’ai déjà vu passer ? Le site de la circo, auquel on était habitué et qui nous donnait beaucoup d’infos pratiques, a été supprimé et celui de la DSDEN est beaucoup trop vaste, pas pratique pour s’y retrouver. Pb de notre matériel informatique qui vieillit, avec un débit très lent, surchargé et personne pour la maintenance. On nous demande aussi de nous méfier des mails non identifiés mais l’administration nous envoie tous ses messages avec le nom des personnels
- Manque d’unité d’un IEN à l’autre : en changeant d’IEN, changement complet de fonctionnement : on était inondé d’infos, de demandes (vécues comme beaucoup de contrôles) en tous genres et changement d’IEN : plus rien ! Pourquoi certains IEN diffusent-ils des Notes de Services et d’autres rien ? ex : cette année, pratiquement jusqu’au dernier moment, aucune info pour préparer les élections de parents d’élèves !
- Réunions de directeurs sur « invitation » : pas de frais de déplacement, un ordre du jour plus que vague. Réunion de rentrée des directeurs : beaucoup d’infos et de consignes données oralement mais rien d’écrit : quelles valeurs ont ces demandes ?
- Pbs matériels à l’école : il faut tout gérer : du chauffage, serrures, ménages et pbs informatiques ! En conclusion, peu de temps pour animer, proposer à l’équipe des projets ; le temps pour travailler ensemble est mangé par d’autres préoccupations (comme cette année les différentes consultations, la mise en place du PPMS…) Bref : un sentiment d’inachevé, de bâclé, de frustrant, survol de beaucoup de choses sans pouvoir rien mener à bien. »

Directeur 3

« Les charges d’un directeur sont devenues lourdes, de plus en plus nombreuses mais aussi rendues plus difficiles par la taille des effectifs dans un premier temps, et dans un second temps par le fait d’être dans un réseau d’éducation prioritaire.

Plus l’école est grande et plus la gestion devient complexe : gestion de l’équipe (rien que pour réussir à réunir tout le monde, en faisant le moins de mécontents possibles, les absences qui sont plus fréquentes, le temps d’écoute accordé à tous, la transmission des informations,...). […] Cette année, je n’ai pratiquement plus d’aide administrative (une demi-heure par jour), elle fait fonction d’appui pédagogique dans les classes où elle est bien utile. […]

La première des charges est la gestion des élèves :

Je mets mon habit de directrice pour :

les admissions et radiations, le suivi de scolarité, le passage des élèves en 6ème, les élèves en difficulté ou en situation de handicap, les évaluations scolaires avec le livret (LPC), la fréquentation scolaire et les signalements d’absences irrégulières, l’organisation des visites médicales en coordination avec la PMI et la médecine scolaire, les certificats de radiation et de scolarité (merci base élèves), les rapports d’accidents et d’incidents, les rencontres avec le personnel de police, justice, ...

Je mets mon habit d’infirmière pour :

soigner les blessés (veiller à avoir une pharmacie à jour) et noter sur le registre des accidents, appeler les parents si cela est plus grave ou si maux de ventre, de tête, vomissements et autres... Je mets mon habit de grande sœur ou de psy (selon) : le réconfort suite à un souci entre copains/copines, à la maison (mais ça déborde à l’école), à un mal être ....

Je mets mon habit de policier pour :

gérer des conflits avec violences orales et/ou physiques, rappeler à l’ordre, sanctionner

La deuxième charge est la gestion de l’école :

Je mets mon habit de directrice pour :

L’organisation et la présidence des différentes réunions institutionnelles, la répartition des classes et des élèves, la gestion des différents lieux d’enseignement (piscine, salles sportives, salles spécifiques), l’organisation et la présidence des équipes éducatives, le contrôle et le suivi des interventions extérieures, les tableaux de services, l’organisation des élections au conseil d’école et des élections professionnelles, la tenue des registres réglementaires, l’organisation des sorties et les conditions d’assurances des élèves, l’organisation des exercices de sécurité (incendie et PPMS), le renseignement des différentes statistiques (enquêtes diverses et variées, prévision d’effectifs, préparation de la carte scolaire), la participation à diverses réunions (RRS, PEDT, comité local, association de parents d’élèves, municipalité pour les fêtes,...), l’organisation de la réflexion concernant le projet d’école et d’autres projets spécifiques (en ce moment sur le climat scolaire pour nous), la coordination des actions engagées aux niveaux national, départemental et de la circonscription (nouveaux programmes, le harcèlement,...), ...

Je mets mon habit de comptable pour :

gérer la coopérative scolaire (recettes et produits en équilibre), gérer les crédits communauté de communes pour l’achat de fournitures, de gros matériels, gérer les demandes de subventions, ...

Je mets mon habit d’agent technique pour :

signaler tout dysfonctionnement des locaux, des appareils, des abords de l’école, du périscolaire, ...

Je mets mon habit de réparateur en tout genre pour :

réparer la serrure qui coince car le technicien ne pourra venir que dans l’après-midi et que tu dois rentrer, pour nettoyer la photocopieuse ou changer la cartouche, pour couper l’arrivée d’eau car un toilette menace d’inonder le couloir, trifouiller les boutons et les connexions car cela fait la 4ème fois que tu essaies de répondre à un mail urgent, ...

La troisième charge est la gestion des relations :

Je mets mon habit de directrice pour :

Les relations aux enseignants de l’école, les relations avec le collège, l’Inspection, la DSDEN, les parents, le personnel communal, le traitement avec la municipalité des questions relatives aux locaux et aux moyens matériels, l’organisation avec la municipalité de la restauration scolaire et de l’accueil avant et après la classe(garderie, NAP), l’autorisation des intervenants extérieurs et le suivi des procédures d’agrément, le contact régulier avec les familles pour ce qui concerne la scolarité de l’élève, l’organisation des quêtes et collectes autorisées, la gestion des stagiaires (lycée, CFA, LEP et autres), ...

Je mets mon habit de médiatrice pour :

calmer les relations enseignants / parents, parents / école, parents / parents

Je mets mon habit de vigile pour :

rappeler à l’ordre le parent qui ne respecte pas le règlement intérieur, interdire l’accès aux personnes extérieures, vérifier les fermetures extérieures quand les élèves sont rentrés en classe,...

Je mets mon habit de Super Nanny pour :

Convoquer les parents qui ont démissionné ou qui ont oublié qu’ils avaient des responsabilités face à leur enfant

Voici, je pense les trois principales charges non exhaustives je le crains et bien sûr ne pas oublier de toujours sourire et toujours montrer dynamisme et perspective d’avenir pour ton équipe et pour les élèves. Et surtout le professionnalisme quelque soit la situation... !

En conclusion et pour finir sur une note d’humour,(humeur) :

Je pense que les directeurs peuvent se vanter d’avoir de super habits mais pas de super pouvoirs.... !

Directrice de plus en plus fatiguée et de moins en moins enthousiaste ! »

Directeur 4

« C’est quoi être directrice d’une école de 5 classes en 2015 dans le milieu rural ?

Je jette les idées qui me sont propres et qui me viennent en vrac à l’esprit en consacrant 60 minutes à cet exercice. La notion du temps est très chère à la directrice d’école, car elle court toujours après.

- C’est avoir ¼ du temps déchargé de la classe pour effectuer toutes les tâches administratives et les ¾ du temps pour la classe (cela ne revient pas à dire que je suis directrice ¼ de mon temps et maîtresse ¾ de mon temps, non, car je suis directrice tout le temps)
- C’est supporter que le téléphone sonne pendant la classe et y répondre (mairie, IEN, parents, collègues, RASED, médecine scolaire, commerciaux + divers), c’est donc supporter d’être dérangé sur son temps de transmission de savoirs et de savoir-faire, c’est donc gérer toute une classe qui attend que son enseignante soit dans sa fonction d’enseignante et pas de standardiste, c’est aussi savoir reprendre le fil de sa pensée pédagogique quand le téléphone est raccroché
- C’est supporter que l’on toque à la porte de sa classe pendant la classe pour répondre à une sollicitation (une question de collègue, un parent, un élève, divers [réparateur chauffage, photocopieur, facteur, livreur, etc . eh oui, eh oui !]), c’est donc supporter d’être dérangé sur son temps de transmission de savoirs et de savoir-faire, c’est donc gérer toute une classe qui attend que son enseignante soit dans sa fonction d’enseignante et pas de réceptionniste, c’est aussi savoir reprendre le fil de sa pensée pédagogique quand l’interlocuteur est reparti
- C’est consulter au moins une fois/jour la messagerie de l’école pour en premier mettre à la corbeille tous les messages intempestifs à caractère commercial ou financier (requins du commerce scolaire [produits commerciaux soi-disant innovants pour les NAP, pour les Arts, pour l’Education civique et morale etc.], géolocalisations, téléphonie, défiscalisations, vidéosurveillances, etc.) et ensuite s’attaquer aux demandes de la hiérarchie (enquêtes, questions de scolarité, projets pédagogiques, courriers pour adjoint(e)s, etc.)
- C’est accepter que l’administration nous envoie des messages injonctifs et qui doivent être mis à exécution dès qu’ils sont envoyés par l’administration PENDANT LE TEMPS DE LA CLASSE, C’EST-A-DIRE PENDANT QUE PERSONNE NE PEUT LES CONSULTER, c’est donc accepter de prendre le risque de ne pas répondre immédiatement à une injonction administrative et de faire prendre le risque à l’ensemble de la communauté scolaire de ne pas appliquer cette commande qui est censée la protéger (cas de tempête, cas des suites du massacre du 7 janvier 2015, cas actuel de la transmission de l’état de l’air [alertes particules fines données par la Préfecture], etc.)
- C’est répondre très souvent à des enquêtes qui se croisent et dont on ne perçoit pas forcément les tenants et les aboutissants
- C’est savoir dialoguer avec les différents partenaires et forcément négocier de manière intelligente pour aboutir à une solution intelligente et qui va dans l’intérêt de l’ensemble de la communauté scolaire (s’entendre avec les représentants de la commune et savoir faire entendre les demandes et les besoins de l’école)
- C’est gérer les rapports avec les collègues, entre les collègues, avec le personnel qui travaille en lien avec l’école (agent d’entretien, aide maternelle, aide administrative, AVS, personnel qui encadre le temps périscolaire (NAP, restauration scolaire, etc.) [conflits éventuels, malentendus, litiges]
- C’est assumer ses responsabilités et mesurer tous les risques qui sont pris
- C’est garantir la sécurité de tous et de chacun
- C’est assister à toutes les réunions institutionnelles ou non pour en rendre compte par la suite (réunions de directeurs, réunions ESS, réunions équipes éducatives, etc.)
- C’est accepter de s’entendre dire que le RASED n’interviendra plus que pour « les priorités », et quand on sait qu’on n’est pas dans les priorités, on sait que le RASED ne viendra plus, et ça il faut savoir l’expliquer à l’ensemble de l’équipe et surtout aux parents des enfants en difficulté, voire en échec
- C’est accepter d’accompagner des collègues adjointes pour des rendez-vous avec les familles (mises au point pour suivi scolaire, mises au point pour problème disciplinaire, recadrage en cas « d’agression », etc.)
- C’est veiller à toujours maintenir le dialogue avec les familles
- C’est subir de plus en plus fréquemment des intimidations de sa hiérarchie
- C’est subir de plus en plus fréquemment des intimidations des familles (climat social des plus tendus [le fonctionnaire dans sa globalité est « mal perçu »]
- C’est gagner un petit plus qu’un(e) adjoint(e) et s’entendre dire très régulièrement que le temps dégagé et l’argent en plus gagné légitiment une servitude sans fin
- C’est rédiger la plupart du temps les PV de réunions (CE, CC, CM, équipes éducatives, etc.), parce que personne d’autre ne veut « s’y coller »
- C’est ne pas avoir de statut et pourtant avoir un tableau d’évaluation du métier de directrice quand on est inspecté, c’est donc abandonner toute idée de reconnaissance
- etc.

Ça devrait être :

- une fonction d’animation pédagogique (véhicule de postures professionnelles)
- une fonction de lien social (véhicule de valeurs)
- une fonction de transmission administrative (véhicule d’informations et de messages)
- une fonction non coupée de la réalité de la classe
- une fonction qui ne subordonne personne

J’ai été recrutée après un entretien qui réunissait 2 IEN et DEA + moi. Il a duré environ 40 minutes. Il portait sur les 3 rôles/missions du directeur en vigueur à l’époque. C’était donc très simple. Depuis 1998, tout le métier a changé. Et la tâche du directeur n’a fait que s’alourdir. Et la tâche du directeur n’a fait que se complexifier. Elle est devenue de plus en plus « bâtarde », ce qui a autorisé les plus grands excès. Cependant vouloir donner un véritable statut au directeur en le coupant de la réalité de la classe et le transformant en chef d’établissement est sans aucun doute LE PLUS GRAND DES DANGERS QUI PUISSE EXISTER. Car cela va amener à la « professionnalisation » de la direction. Et les directeurs deviendront des petits chefs d’établissement (chacun sait ce que sont les « petits chefs »). Et les écoles perdront leur âme. Oui, effectivement, en me relisant, je donne un point de vue assez pessimiste… peut-être visionnaire… C’est le temps qui nous le dira.

 

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