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LPC > Pourquoi il ne faut pas le renseigner > Motion du Conseil des maîtres

Le livret personnel de compétences, dernier avatar des demandes institutionnelles qui bouleversent le sens du travail des enseignants, impose – une fois de plus - une charge de travail supplémentaire. Le SNUipp-FSU invite les équipes enseignantes à ne pas le renseigner.

Le livret personnel de compétences fait progressivement son entrée dans les écoles. Cette nouvelle demande institutionnelle tombée d’en haut a une fois de plus de quoi dérouter les enseignants : 46 items à renseigner avant la fin de l’année pour les élèves de CE1, 110 pour ceux de CM2 !

Le LPC est une partie du livret scolaire et suit l’élève au collège. Dans certains départements et certaines écoles l’administration propose l’utilisation de sa version numérique. Arrivant comme une tâche supplémentaire, le LPC fait double emploi avec les livrets scolaires élaborés par les équipes. Il est à l’image des demandes institutionnelles imposées « d’en haut » et des transformations progressives qui bouleversent le sens du travail des enseignants.

De l’écran de fumée à l’usine à cases

Les cases à remplir, les évaluations incessantes auraient tendance à devenir le cœur du travail enseignant parce que le ministère de l’éducation nationale est obsédé par la remontée d’indicateurs en tous genres. Par contre ce même ministère occulte totalement les questions pédagogiques et didactiques qui permettraient d’atteindre une meilleure réussite des élèves. Il faut dire que cela nécessite des engagements à une tout autre échelle en terme de formation, de conditions d’enseignement, de confiance... Personne ne peut contester la nécessité des évaluations mais les enseignants ne vont pas se transformer en « poinçonneurs des Lilas » ! Cerise sur le gâteau, pour le LPC numérique « proposé » dans certains endroits, c’est le directeur, détenteur d’une clé OTP unique, qui doit renseigner lui-même l’ensemble des cases ! Stop ! La coupe est pleine

Le SNUipp-FSU appelle les équipes enseignantes à ne pas renseigner ce LPC, véritable usine à cases. Il faut en finir avec cette évaluation incessante qui se substitue au temps nécessaire pour les apprentissages. Il est urgent de revenir à des principes simples et lisibles en matière d’évaluation des élèves. C’est le sens de la motion ci-dessous que le SNUipp-FSU propose aux équipes d’école de signer massivement.

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lettre_aux_parents_et_motion_conseil_des_maitres
PDF - 1.1 Mo
4p_LPC
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10_04_12_courrier_luc_chatel_lcp_affelnet

La version numérique du Livret Personnel de Compétences (LPC) est prévue pour la rentrée 2011.

Nous vous invitons à consulter notre travail d’analyse :

Ouvrons le débat avec tous les collègues.

- Le « Livret Personnel de Compétences » … peser le cochon tous les jours ne l’a jamais fait grossir…

Il est maintenant urgent que tous les collègues s’emparent des questions pédagogiques et déontologiques posées par ce livret personnel de compétences. Les pressions hiérarchiques vont s’accentuer dans les semaines qui viennent, c’est pourquoi le SNUipp-FSU 38 appelle au débat sur ces questions.

1) Sur le plan pédagogique :

- Compétences et pratiques professionnelles : quelle doit être la place des compétences dans les apprentissages, quelle est-elle aujourd’hui ?

- Compétences et politique éducative : quelles doivent être les finalités, quelles sont-elles aujourd’hui ?

- Au vu du nombre de compétences à valider pour chaque élève, n’est-ce pas le temps nécessaire à l’apprentissage qui se trouvera envahi par des évaluations permanentes ? Or, comme le rappelle la sagesse populaire, « peser le cochon tous les jours ne l’a jamais fait grossir » !

- Et le métier dans tout ça ? L’enseignant ne semble plus être un ingénieur-chercheur en pédagogie (ce que son niveau d’études lui permet), mais… un exécutant. Les missions que l’on assigne aux enseignants se limitent-elles au recentrage sur les fondamentaux ou sur les évaluations ? N’est-ce pas une incitation à se concentrer sur les items plutôt que sur les compétences ? L’évaluation apporte-t-elle des solutions ?

- La notion même de « compétences » fait débat : la validation de « compétences » sera-t-elle un jour concurrente des diplômes ? Les diplômes représentent une référence commune sur tout le territoire.

- Chaque compétence doit être validée… et datée. Or une compétence ne cesse de se construire. Pour Guy Le Boterf, c’est « une réalité dynamique, un processus, un savoir agir reconnu ». Valider telle compétence pour tel élève à telle date précise… voilà qui va mettre bien des enseignants dans l’embarras !

D’autant plus que les articles 2 et 6 de la Loi relative à l’Informatique, aux fichiers et aux Libertés stipulent que ne peuvent être mises en fichier que des données exactes, complètes et que le fichier doit être stable, ce qui ne peut être le cas concernant les compétences.

Compétences que nous avons comme objectif de faire évoluer ! La rémunération « au mérite » des enseignants pourrait-elle dépendre pour une part de la validation des compétences de leurs élèves ?

2) Sur le plan du fichage et des libertés : le livret version numérique

- L’enfant « enfermé dans son destin » ? Les atteintes à la liberté des enfants : Voici ce qu’en dit Albert Jacquard : « Un des aspects les plus insupportables de ce projet, tel qu’il a été présenté par la presse, est l’établissement d’un document qui suivra le jeune au long de sa scolarité : inscrit dans un registre ou sur un disque d’ordinateur, ce document, avatar du casier judiciaire, permettra, au moindre incident, d’exhumer son passé. […] Cet enfermement dans un destin imposé par le regard des autres est intolérable, il est une atteinte à ce qu’il y a de plus précieux dans l’aventure humaine : la possibilité de devenir autre. […] J’ai raconté au début de ce livre comment, passant durant l’Occupation sans livret scolaire d’un lycée à un autre, j’ai saisi au bond l’occasion de changer la définition que les autres donnaient de moi. J’en ai gardé la conviction que la liberté de chacun ne peut s’épanouir que si la société ne possède pas trop d’informations sur lui. » (« Laissez-moi devenir ce que je choisis d’être », A. Jacquard, Mon utopie 2006).

- Dépossession du livret scolaire… et « super CV » pour les salariés ? Le livret scolaire papier, actuellement propriété du jeune et de sa famille, appartiendra, avec le LPC, à l’Etat et aux sociétés privées qui mettent en place les environnements numériques de travail (ENT) et les différentes applications de validations. Le LPC est donc un « fichier » et non pas un « livret », qui n’a en réalité plus grand-chose de « personnel »…

Plus inquiétant encore, est la création d’un « Passeport orientation et formation », sorte de « super CV » alimenté par le livret personnel de compétences notamment, et qui n’appartiendrait plus aux salariés ! « Passée presqu’inaperçue, la loi n° 2009-1437 du 24 novembre 2009 relative à l’orientation et à la formation tout au long de la vie a modifié le Code de l’Education et le Code du travail en reliant les deux. La loi institue pour les élèves un livret de compétences, expérimental jusqu’en 2012. La même loi (nouvel article L.6315-2 du Code du travail) institue, avec une dénomination standard européenne mais un contenu strictement identique le passeport orientation et formation. Ainsi renommé et prolongé pour la vie, le livret de compétences sera utilisé pour l’embauche et la carrière. » (Richard Abauzit, « Du marché du travail au marché des travailleurs ; Du livret ouvrier du XIXème au livret personnel de compétences du XXIème siècle, du berceau au tombeau », juillet 2010).

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